Youssou Ndour candidat. A qui le tour ?

Plus de vingt candidats à la candidature[i] se sont déclarés au Sénégal en vue des élections présidentielles de 2012. Pour la plupart fantaisistes, instrumentalisées par le pouvoir afin de disperser les voix de l’opposition ou plus prosaïquement pour faire du personnal branding, cette épidémie de candidatures donne une bien triste image de la scène politique sénégalaise : opportunisme et insignifiance.

L’opportunisme car c’est après que les citoyens sénégalais eurent fait reculer le régime d’Abdoulaye Wade le 23 juin dernier, mettant à nu la faiblesse du pouvoir, que, soudainement, réveillés et pris d’une fièvre patriotique intense, une cohorte de femmes et d’hommes improbables se déclarent prêts à faire don de leur personne au Sénégal. C’est, après tout, leur droit.

L’insignifiance – on ne s’attardera pas ici sur l’inexistence des programmes de gouvernement des impétrants – se mesure au l’aune des enjeux politiques immédiats pour le Sénégal. Abdoulaye Wade, s’il tord le bras du Conseil constitutionnel pour faire admettre une candidature illégale le 28 janvier prochain, comme on peut le craindre, va utiliser tous les moyens possibles pour être déclaré vainqueur au soir du premier tour de l’élection présidentielle de février. C’est là sa seule chance d’être « réélu ». Comment peut-on se dire soucieux de l’intérêt du pays et participer dans le meme temps à la dispersion des esprits et des voix, face à un enjeu aussi critique pour la démocratie sénégalaise ?

Youssou Ndour est un homme admirable par son parcours d’artiste internationalement reconnu. C’est également un homme d’affaire avisé, qui, au surplus, a décidé depuis longtemps d’investir dans son propre pays. Qu’il souhaite se mettre au service du Sénégal, en entrant en politique, au prix de sa carrière d’artiste, est tout à fait légitime et honorable. Par ailleurs, les critiques que l’on peut entendre ici ou là sur l’absence de parcours académique du chanteur, si elles sont recevables,  ne ferons pas pour autant oublier qu’un homme se définit avant tout par ce qu’il a réalisé. Combien de politiques sénégalais pourraient-ils, ces temps-ci,  se mesurer à Ndour sur ce terrain ?

Mais, peut-on se déclarer candidat à une élection présidentielle aussi importante pour le Sénégal, juste deux mois avant qu’elle ne se tienne, sans programme, sans expérience ni formation politique véritables et dans un contexte de division au sein l’opposition ? Le remède pourrait bien être pire que le mal.

Peut-être est-ce cependant prêter à la star du m’balakh, des intentions qu’il n’a pas vraiment. Si Youssou Ndour,  capitalisant sur sa popularité, se déclare candidat pour peser sur le duel insensé que se livrent Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse, et, porter la voix de la « société civile » aux cotés de Y’en à marre, avant de se retirer de la course au profit du mieux placé pour la gagner, alors, Youssou Ndour aura ajouté à son talent d’artiste celui d’un homme public soucieux des affaires politiques de son pays. L’avenir nous le dira bientôt.

Notes

[i] Le Conseil constitutionnel doit décider le 28 janvier 2012, sauf waderies, de la validité des candidatures à la présidentielle qu’il aura reçues.

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