Un exemple de mercenariat constitutionnel au Sénégal (1/2)

Poussé dans ses retranchements, à la suite du sursaut citoyen qui le fit reculer, effrayé, le 23 juin dernier, Abdoulaye Wade, dans une sombre obstination, persiste à vouloir présenter, au Sénégal,  sa candidature à la présidentielle de 2012. A n’importe quel prix.

Un étrange équipage

Assis aux côtés de lobbyistes engagés par le Chef de l’Etat, un attelage improbable, constitué d’universitaires défroqués par la faim[i] et qui embarrassent la réputation de leurs maisons respectives, a déclaré recevable, au plan constitutionnel, la candidature d’Abdoulaye Wade pour un troisième mandat.

Dans leur grande majorité, sans rapport avec le droit constitutionnel, les membres de cet étrange équipage, méritent, avant que d’examiner le fond de leurs conclusions, un éclairage sur leurs parcours respectifs.

1 – Les boutiquiers d’Abu Dhabi et la Sorbonne en pleurs

Jean-Yves de Cara

Directeur exécutif de « L’Université Paris-Sorbonne » à Abu Dhabi, Cara est avocat, juge arbitral, et, docteur d’état en droit public. Eclectique puisqu’à en croire these.fr, il dirige des travaux allant  du « marché du vin en droit communautaire »  à la « promotion et protection des investissements internationaux en chine »   en passant par les  « perspectives du lobbying enromediterraneen » .  Du lourd, assurément … Mais, bien éloigné des questions de droit constitutionnel. Il est extrêmement difficile de trouver des articles de Cara ayant une quelconque autorité en cette matière.

Michel de Guillenchmidt

Professeur invité à l’université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Avocat. Ancien haut-fonctionnaire, énarque (promotion Marcel Proust, 1965-67), ancien président de la fondation Liberté devenue (1992) association Liberté, il est l’époux de Jacqueline de Guillenchmidt, membre du Conseil constitutionnel français. Défenseur de « L’église de scientologie » , Guillenchmidt est également  proche  des Témoins de Jéhovah , qui, ont eu à connaître la colère  – injustifiable par sa violence – d’une fraction de la population sénégalaise. On retrouve également Guillenchmidt comme partie  dans la longue traîne d’une affaire  opposant Carlo de Bennedeti d’une part, et,  Alain Minc et Pierre Bergé d’autre part. Toutes choses fort éloignées du droit constitutionnel.

Didier Maus

Secrétaire général (1990-98) puis Co-directeur (1998-2004) du Centre de recherche de droit constitutionnel à l´université Paris I-Panthéon Sorbonne. Ancien haut-fonctionnaire, énarque (promotion François Rabelais, 1971-73), Maus est sorti dans l’Administration civile. Constitutionnaliste si l’on en juge par les positions[ii] qu’il a pu occuper, il embarrasse aujourd’hui la réputation de maisons, silencieuses,  qui ont bien voulu l’accepter. L’Afrique, après tout, c’est loin.

Charles Zorgbibe

Ancien professeur à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, puis recteur de l’académie d’Aix-Marseille – ou l’on retrouve Didier Maus – Zorgbibe est un historien. Une discipline très intéressante, mais,  sans rapport avec le droit constitutionnel. Zorgbibe publie régulièrement , dans la revue Géopolitique Africaine  dont il est membre de l’équipe de direction, avec Patrick Wajsman, vice-président, paraît-il, du Centre de politique étrangère de la Sorbonne. Géopolitique Africaine n’existe que par la grâce de Denis Sassou Nguesso,  Président de la République Populaire du Congo, plus soucieux de la prospérité de sa famille que de l’état, lamentable, dans lequel il tient son peuple, sans dire les souffrances qu’il a pu lui infliger . On ne s’attardera pas ici.

Christine Desouches

Née en 1946, elle obtient en 1983 son doctorat d’État en sciences politiques de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, avec une thèse étonnamment non publiée, dont l’intitulé est : « Le Parti démocratique au Sénégal[iii] ; la réalité d’une opposition légale et organisée dans l’Afrique d’aujourd’hui ». Fille de Maurice Ulrich , Mme Desouches a tété le sein de la francafrique, vieille école, du cabinet de Michel Aurillac, alors ministre de la Coopération, jusqu’à l’Organisation Internationale de la Francophonie. Desouches n’a aucune compétence digne d’être retenue en matière de droit constitutionnel, même pour un œil distrait.

Bernard Chantebout

Retraité, ancien professeur de droit public, M. Chantebout était prudemment absent lors de la farce constitutionnelle « validant » la candidature de M. Wade. Il a cependant fait parvenir une contribution.

2 – Des lobbyistes payés pour faire la claque

Thurbert Baker

Lobbyiste . Aucune formation en droit constitutionnel.

Jane Moffat

Lobbyiste . Grade universitaire largement inférieur à la maitrise. Faut-il mentionner qu’elle n’a aucune  formation en droit constitutionnel ? Mlle Moffat est donnée pour être la collaboratrice de Baker.

Baker et Moffat travaillent dans le même cabinet de lobbying, McKenna, Long & Alridge. Heureuse coïncidence, ce cabinet a été engagé par le candidat Wade [iv]    pour crédibiliser sa candidature, notamment  auprès d’autorités américaines réticentes.

Des alumni Sorbonnards, honte de leur maison, discutant Constitution dans une arrière-salle avec des représentants commerciaux, en attendant le chèque final, voici ce que fut la représentation internationale du sinistre « séminaire international sur « la recevabilité de la candidature du président Abdoulaye Wade » à la présidentielle de 2012 »

A suivre : Une injure juridique – Un exemple de mercenariat constitutionnel au Sénégal (2/2).

Watch dog

Siga Ndiaye – « Candidature de Wade – Vérité et supercherie sur le niveau scientifique de l’armada franco-américaine » – netalli.net, 22.11.2011. Consulté le 09.01.2012

Notes


[i] Leur participation au séminaire portant sur la recevabilité de la « candidature d’Abdoulaye Wade » ayant été largement rémunérée. Ce « séminaire » s’est tenu alors que la Cour constitutionnelle du Sénégal ne s’etait pas prononcée. Compte tenu du climat de violence politique, provoqué par le pouvoir, et, de l’incongruité d’une telle manœuvre – c’est au Conseil constitutionnel de dire le droit – , on peut parler ici d’ intimidation, choquante. Un paiement pour ce type de services autorise l’usage du qualificatif « mercenaires ».

[ii] Membre du Comité consultatif pour la révision de la Constitution française (1992-93), Rapporteur général de la commission des archives constitutionnelles de la V e République (depuis 2002), Juge à la cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine (2002-03), Juge (depuis 2003), Président (2005-07) au Tribunal constitutionnel d’Andorre, Président (1999-2006) de l´Association française de droit constitutionnel, Vice-président (1993-2004) et Premier vice-président (2004-07) puis Président (depuis 2007) de l’Association internationale de droit constitutionnel, Directeur de la Revue française de droit constitutionnel (depuis 1990).

[iii] Parti d’Abdoulaye Wade.

[iv] On ose espérer ici que les frais de campagne du candidat Abdoulaye Wade n’ont pas été pris en charge par le Trésor Sénégalais. Nous y reviendrons.

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Un commentaire pour Un exemple de mercenariat constitutionnel au Sénégal (1/2)

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