« Oui, mais qui ? » : Les leçons d’un scrutin

« Oui, mais qui ? ». L’expression a été sur toutes les lèvres de la bourgeoise sénégalaise, face à la question du nécessaire départ d’Abdoulaye Wade. Focalisée sur les individus plus que sur les processus, ceux de la démocratie, cette interrogation récurrente, de Senghor à Wade, questionne le rapport ambigu qu’entretien le quintile supérieur de la société sénégalaise avec  la majorité des citoyens du pays de la Téranga.

Avant le 22 mars 2009, date des dernières élections municipales, de savantes spéculations étaient formelles : non, le peuple sénégalais ne bougera pas. Occupé à se débattre avec un quotidien compliqué, et, par ailleurs, peu enclin à affronter l’autorité, celle du régime et de certains leaders d’opinion, issus notamment des confréries religieuses, les citoyens sénégalais, par évidence, ne devaient pas provoquer de surprise. Elle fut de taille, lorsqu’Abdoulaye Wade, par son fils interposé, fut sèchement défait jusque dans son propre bureau de vote.

Avant le 23 juin 2011, journée ou Abdoulaye Wade tenta de faire passer une réforme constitutionnelle l’autorisant à pouvoir être déclaré vainqueur au premier tour des présidentielles avec seulement 25% des voix exprimées, même constat. Non, les citoyens sénégalais, englués dans la pénurie électrique, l’inflation, et, une propension naturelle à l’apathie, ne réagiraient pas. Dans la peur d’un débordement insurrectionnel, le Chef de l’Etat dut, précipitamment, reculer.

Avant le 26 février 2012, premier tour de l’élection présidentielle, même conservatisme, sous les airs soucieux du pragmatisme : Non, le président sortant, compte tenu de sa farouche volonté ajoutée à celle de son clan, des  moyens de l’Etat comme des siens propres et d’une « mentalité sénégalaise » acquise, par nature au clientélisme, allait mettre les points sur les i. Abdoulaye Wade est aujourd’hui dans un ballottage, qui, rend le second tour extrêmement hasardeux pour le régime en place. Wade a perdu.

Ces signaux, pourtant clairs, même dans un contexte où les sondages politiques sont étrangement interdits de publication au Sénégal, auraient du alerter, la partie de la population sénégalaise qui a le meilleur accès à l’éducation, l’information et qui dispose d’un précieux capital social. Malheureusement, la cartographie de cette partie de la société sénégalaise ne s’étend guère au-delà de Saly.

Une oligarchie se rétracte et devient dangereusement étrangère au destin de sa propre société. Ceux, qui, parmi elle, liront ces lignes, doivent s’interroger : où et comment se socialise leur descendance ? Quelles valeurs portent-ils ? Connaissent-ils le pays dont-ils auront la responsabilité demain ? Autant de questions qui dépassent de loin le scrutin présidentiel et qui demeurent sans réponses.

« Oui, mais qui ? ». Macky Sall* sera probablement le prochain Président de la République du Sénégal. Ceux que la  bourgeoise sénégalaise ignore, leur propres concitoyens, ont en décidé ainsi. Cela s’appelle la démocratie, un processus à intérioriser, sous le vernis d’un conservatisme ambigu.

* L’auteur de ce blog ayant choisi le 26 février, Moustapha Niasse.

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