Premiers enjeux politiques, pour le Sénégal de l’après Wade

Alors que la  lutte démocratique n’est pas terminée, il faut cependant déjà  penser à l’après Wade. Les premiers pas du prochain Chef de l’état, puis, ceux du parlement élu à sa suite, seront décisifs. Tous les citoyens sénégalais doivent les suivre, attentivement, les yeux grands ouverts. Le 25 mars prochain ne sera pas un achèvement, mais le début d’un long processus de reconstruction républicaine, préfiguré par les Assises nationales(1). Quelques  premières étapes, hautement symboliques :

  • Rebâtir le texte fondamental

Instrumentalisée par Abdoulaye Wade qui l’a transformé en simple brouillon politique avec plus d’une quinzaine de réformes en 12 ans, quasiment toutes liées à des considérations de basse politique,  la Constitution sénégalaise doit retrouver son rôle de texte fondamental, stable, consensuel et respecté par tous. Ce chantier, initié par les Assises Nationales, doit se poursuivre et s’achever après les prochaines législatives, avec le concours de toute la nouvelle représentation politique, majorité comme opposition.

  • Revenir au quinquennat dès le prochain mandat présidentiel

La réforme constitutionnelle doit rétablir le quinquennat avec une limite fixée à deux mandats, vœu de la grande majorité des  sénégalais en 2001, et rendre ces dispositions applicables au Chef de l’état élu en 2012, d’une manière parfaitement claire.

  • Réformer le conseil constitutionnel

Le gardien de la constitution ne peut plus être un simple notaire des desideratas du pouvoir en place. A cet effet, la nomination des  juges de cette institution ne doit plus être placée entre les mains du seul Chef de l’état et de sa majorité politique. Sa composition, entre politiques, professionnels du droit et personnalités qualifiées, doit garantir le respect, essentiel, des décisions rendues. Les prérogatives du Conseil doivent-être claires et consensuelles. Sa saisine devrait-être étendue, afin de faire du texte fondamental, un recours effectif et vivant de la démocratie sénégalaise.

  • Refuser une transhumance politique indigne

Le sénégalais ne doivent plus assister au spectacle nauséeux  des objets politiques quantiques, qui, pantalon ou pagne sur les chevilles, la veste retournée précipitamment, accourent les traits tirés, sur les marches du palais. Afin de tenter de négocier leur ralliement en échange d’un sommeil judiciaire, d’un poste au frais du contribuable, ou, des deux réunis, essuyant au passage leurs pieds sur l’image déjà dévastée de la classe politique et les débris de leur propre dignité. Si la jeunesse sénégalaise ne se trouve plus de leaders dans l’offre politique, c’est en grande partie à cause de ce manque absolu de scrupules qui la dégoûte. Adama Sall en est l’une des plus sombres  incarnations. Le prochain Chef de l’état devrait y réfléchir soigneusement, alors qu’il va  très vite affronter la réalité des mauvaises nouvelles économiques  à devoir annoncer, dans un pays ou couve une crise sociale inquiétante.

  • Rendre les comptes publics … publics

Le mépris doit cesser : les comptes publics doivent être accessibles pour les citoyens, suivant le principe de l’Open Data, afin de permettre à ceux-ci de connaître l’usage que le gouvernement fait des ressources mises à sa disposition. Comment peut-on envisager le moindre développement et une quelconque paix sociale, dans un pays ou des marchés de gré à gré hors de tout contrôle ont pu exister s’agissant de la vente d’actifs stratégiques, un Sénégal où l’on ne sait dire, écritures à l’appui, ce que deviennent les taxes aéroportuaires collectées à l’aéroport Léopold Sédar Senghor (2), sans dire les surfacturations outrageantes des chantiers de la capitale ? Les mairies, les collectivités locales et territoriales se doivent, de la même manière, de publier des comptes à jour et accessibles, 4X4 et bons de carburant inclus. Par ailleurs, les élus, les membres du gouvernement et certains haut-fonctionnaires ou assimilés susceptibles de conflits d’intérêts, devraient faire tous les ans une déclaration de patrimoine, accessible au public, ou renoncer à leurs fonctions. Le service de l’Etat et la confiance des citoyens sont à ce prix.

  • Remettre à une justice équitable mais sans concessions, les délinquants financiers

Affaire des ICS, Affaire Sentel, Affaire Sudatel, Affaire de l’Anoci, Affaire Ségura, Affaire de la Senelec, Affaire de la Sonatel, Affaire du monument de la renaissance africaine, Affaire des taxes aéroportuaires, Affaire du Fesman, Affaire de la Pointe de Sangomar(3), Affaire du F-GUAJ et des moyens aériens non gouvernementaux (4), Affaire Bara Tall, sans parler des scandales fonciers … La justice doit passer sur les hommes et les femmes qui ont commis ces crimes économiques  et saisir leurs biens, au Sénégal comme à l’étranger, à la hauteur de leurs détournements et du préjudice qu’ils ont créé. Le chapitre sénégalais des « biens mal acquis » doit absolument s’ouvrir.

Cette liste d’enjeux n’a pas la prétention d’être exhaustive. La restauration de l’appareil d’état, avec en particulier celle du ministère de l’Intérieur infiltré par les milices présidentielles et celui d’une Justice caporalisée et souvent corrompue  est essentielle. L’ivraie ne doit cependant pas masquer le bon grain : même si un grand nombre des agents les plus qualifiés de l’administration ont préféré la quitter, il reste cependant une quantité d’hommes et de femmes qui, bon an mal an, ont  tenu leur poste, soucieux de l’intérêt de leur pays et qui ne demandent qu’à travailler à sa prospérité.

Enfin, en se rappelant l’importance de leur rôle spirituel et social, la République sénégalaise doit cesser de faire arbitrer sa vie institutionnelle par les confréries religieuses et leurs insupportables marabouts « périphériques », à Touba comme à Tivaouane.  Pour l’intérêt bien compris de tous.

Notes

1: Dont on remarque que le site officiel – http://www.assises-senegal.info/ – à étrangement disparu: Consulté le 06 mars 2012

2: Celles-ci représentent quasiment la moitié du prix d’un billet d’avion à destination de Dakar. De ce fait, certains séjours « all inclusive » aux Caraïbes, billet compris, coûtent moins cher qu’un vol A/R pour le Sénégal, alors que le trajet est plus long et que les plages n’y sont pas moins belles. On s’étonne ensuite de l’agonie du tourisme au Sénégal …

3: Ancien avion présidentiel, déclaré « dangereux » après un pare-brise fêlé, raison invoquée pour l’achat d’ un A319CJ, avant d’être remis en service pour transporter une délégation de femmes sénégalaises.

4: Falcon 5O, propriété d’une fiduciaire luxembourgeoise, qui a été utilisé fréquemment par le régime, sans que personne ne sache pour quels motifs et à quel prix. Par ailleurs, on aimerait savoir quels sont les heureux propriétaires de cet avion, compte tenu d’éventuels conflits d’intérêts ou de malversations. D’une manière générale, il faudra revenir sur les budgets liés aux moyens aériens non gouvernementaux de l’administration Wade.

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