L’épuisement des mots et la dilapidation des symboles

Le mots

© nicanor-ngouan.net

État de guerre, horreur absolue, urgence absolue, hyper ceci, hyper cela … Face aux terribles attentats ayant ensanglantés la France, la parole institutionnelle, dès Charlie Hebdo, a choisi de n’adresser que l’émotion, dans une sorte de surenchère performative. Sans mesurer le risque d’épuisement de la parole publique, là où chacun savait déjà que d’autres attentats allaient très probablement survenir, peut-être encore plus terribles. Le risque a donc été pris de se retrouver muet devant l’escalade par le refus d’anticiper et de hiérarchiser, en donnant l’impression de l’impuissance et du désemparement dans les discours. Soit la situation que tout bon capitaine redoute le plus, face à son équipage, lorsque la tempête survient.

Un exemple frappant de cette dilapidation symbolique fut le déraillement d’un train, en gare de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013, dont le bilan fut de 7 morts et 70 blessés. Dans les heures qui suivirent cet accident, le Préfet, le directeur de la SNCF et le ministre délégué chargé des Transports se déplacèrent sur les lieux, en compagnie d’autres autorités. Normal. Mais viendront également le Premier ministre et le Président de la République. En d’autres termes le capital symbolique de la République face à un événement, certes dramatique, mais sans relation avec une véritable catastrophe nationale, fut ce jour-là – hormis le deuil national – épuisé. Que faire dès lors devant un événement plus grave ? C’est la fuite vers l’inconnu, le vocabulaire de circonstance et les gestes symboliques étant désormais en Erreur 404.

Après Charlie Hebdo et Le Bataclan, l’escalade fut donc logiquement l’inutile prolongation d’un état d’urgence non respecté et le recours à des milliers de militaires dans les rues françaises alors qu’ils manquent cruellement sur les théâtres d’opérations extérieurs tout en accréditant dangereusement, ici ou là, l’idée que l’armée est la solution. Autant de mesures sans relation avec le retour sur expérience des services de sûreté et les efforts nécessaires pour prévenir le risque ou le traiter.

Quelle sera la prochaine marche ?

L’invocation du courage national dans la parole publique devrait suppléer aux ostensions de cette émotion infantilisante qui affaiblit la capacité collective à la résilience. Surtout dans une période où le sang et les larmes peuvent conduire à une crise de nerfs généralisée, comme la France en a déjà connu. Et dont elle n’est jamais sortie grandie.

 

MAJ 16:04 : Ca n’a pas tardé : il semblerait que le nouveau storytelling soit la  réserve opérationnelle, rebaptisée pour l’occasion « Garde nationale » par François Hollande, aujourd’hui. Sûrement parce que « Garde », ça fait plus pêchu, comme disent les militaires. Ce seront donc des civils formés à la va-vite qui feront de la lutte antiterroriste, avec des Famas dans les rues ?

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